La harpe et le songe

Tout le monde me demandait, quand j’étais encore en Italie: « comment est-il arrivé que tu décides de jouer de la harpe celtique? » Ils trouvaient la chose plutôt bizarre et exotique.

Ben, quoi répondre? Comment on choisit l’homme ou la femme de sa vie, sa future profession, la maison de ses rêves, les prénoms de ses enfants?

Pour moi la harpe est arrivée comme une révélation.

Vers me 12 ou 13 ans Je lisais des romans sur Merlin l’Enchanteur et les autres personnages du cycle arthurien, ainsi que la mythologie irlandaise … où tous les personnages jouaient des harpes magiques. A la même époque des amis de mon frère offraient à «  sa drôle de sœur », des cassettes de musique irlandaise : The Chieftains, Altan, puis Loreena McKennitt et Angelo Branduardi ( grand traducteur de musiques traditionnelles celtiques et médiévales).

Et voilà que ma mère, en faisant ses courses, trouve une étrange librairie au coin de la rue, où une petite harpe à cordes de bronze la regarde de la vitrine, en compagnie d’une harde de dragons, lutins et fées en terre-cuite.

La harpe m’ invita, comme la blanche biche des romans courtois, dans la Terre des Fées: grâce à elle je découvris une petite boutique énigmatique: la fameuse Ceilt Siopa ( boutique celtique, en gaélique) de Milan. Le libraire n’était pas un vendeur, mais un maître: il me prêta des livres, il m’indiqua une nouvelle manière de concevoir la musique, il me parla par devinettes des manières pour s’échapper à la société actuelle, si difficile à accepter pour les « vieilles âmes » le tout, sans se donner de l’importance, avec un sourire saugrenu caché sous ses moustaches rousses.

Chaque samedi, j’allais dans sa boutique rien que pour jouer la harpe, pendant que je remplissais patiemment mon tirelire du nécessaire pour pouvoir l’acheter. L’Ingénieur ( ceci était le sobriquet du libraire) m’enseigna l’improvisation libre, les yeux fermés, en laissant les images surgir: une surprise, pour moi qui avais étudié le piano classique! Mais c’était, à mon avis, la meilleure façon d’aborder sans peur une harpe dont les cordes sont presque invisibles, et qui était jouée, traditionnellement, en Irlande,par des harpeurs aveugles. Les résonances de la cláirseach créent une enveloppe de vibrations-lumière autour de qui la joue, en le coupant – ceci est mon ressenti- du monde réel, et c’est avec les yeux fermés qu’on s’entraîne à se repérer dans ce labyrinthe de vibrations si subtiles. La harpe entra en ma possession, ainsi que une quantité de livres de mythologie et de contes de fées très utiles pour ma formation de barde. Parmi eux, une photocopie en lambeaux écrite en français au sujet de la harpe celtique. On y reviendra, car ce fut une de mes bibles…

Vous vous en douterez pas, si vous connaissez quelque peu l’impitoyable monde des conservatoires : moi, les longues griffes crochues et ma petite harpe qui comptait seulement 22 cordes et aucun moyen de créer des « altérations », fûmes rejetées par toutes les écoles de musique de Milan. Ceci n’est pas une vraie harpe, fut le verdict. Mais c’était aussi bien ainsi.

Forte de ma formation de piano et d’une enseignante qui menait un projet anthroposophe autour de la harpe, je partis sur la route de Rémi sans Famille… en 1995, je commençai aussi à chanter dans la chorale de mon lycée. Une autre révélation ! La musique baroque et Renaissance me prenait droit aux tripes, me faisait frissonner et souffrir de plaisir. Notre chorale était très active et conduite par un maître à la culture époustouflante. Il nous emmena en Allemagne, en République Tchèque et partout en Italie. Je pris goût à la scène, je l’avoue. Il ne s’agissait là de rien de personnel, j’étais une des 25 sopranos de la chorale, et ma voix se perdait parmi les autres, en toute sécurité.

Pareillement , je participais parfois aux concerts de mon enseignante, avec les autres élèves. Mais jamais seule. Pas question ! Je m’entraînais cachée dans une armoire ( méthode que mon frère m’a enseigné : lui et ses copains de cours de clarinette au conservatoire s’en servaient pour répéter des heures durant sans susciter les ires des voisins)

Cela continua à peu près jusqu’en 2009. J’avais pris part, avec un groupe de copains de classe, à la Celtic Harp Orchestra , et à l’enregistrement de leur cd Got the Magic en 2003, sinon, je m’amusais, comme beaucoup de jeunes, à fonder des groupes éphémères qui se produisaient sur les rues publiques en braillant les grands classiques de la musique Irish, avec une variante Renaissance pendant mon séjour vénitien.

En 2009, exaspérée par l’impossibilité de trouver un travail, je cédai aux demande des amis qui voulaient au moins m’organiser quelque petit concert. Je participai à des busker festivals, à des fêtes médiévales, à plein d’ éventements culturels et artistiques à Venise et à Milan.

En 2011, une grande surprise: je fus invitée à jouer dans l’ensemble Cantus Lunaris, d’inspiration métal-gothique-folk-neopagan, en Allemagne. Pourtant, les membres affluaient des quatre coins de la planète : un percussionniste du Venezuela, une luthiste mexicaine, une violoniste polonaise, un guitariste roumaine, et quelque figure sacrée comme Albert Dannenmann ( ex flûtiste des Blackmore’s night, un mythe!) et Ida Elena, jeune promesse du folk-metal.

En 2014, une surprise encore plus grande: la rencontre avec Myrdhin…

et l’histoire n’est pas encore finie.

Dans le prochaine article je vous raconterai comment il fut question d’un bouquin délabré en français qui m’avait appris tant de choses sur la harpe… et de son auteur !

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